Critiques films

Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /2008 16:27

RÉALISATION: Alexandre Aja
SCÉNARIO: Alexandre Aja et Gregory Levasseur
AVEC: Kiefer Sutherland, Paula Patton, Cameron Broyce, Erica Gluck et Amy Smart

Comme les dirigeants du studio finissent de s’asseoir, ils regardent Alexandre Aja remplir un sac avec des bouts de papiers sur lesquels sont inscrits tous les clichés du genre. Aja referme le sac, le lance sur la table et dit : « Vous voyez ça? Fuck that shit! ». Sur ces brillantes paroles, il jette une allumette sur le sac, qui prend alors feu, tandis qu’Aja se retourne, se dirige vers la porte en mettant ses lunettes fumées, donne une tape vigoureuse sur les fesses de la secrétaire avant d’enfourcher virilement sa moto pour disparaître au loin.

Ben Carson est un ancien policier qui a quitté son emploi après avoir tué accidentellement un autre policier. Séparé de sa femme, vivant chez sa sœur et encore sous le choc des évènements, il tente de reprendre sa vie en main en se trouvant un emploi comme agent de sécurité dans un centre commercial ayant brûlé cinq ans auparavant. Cependant, Ben se trouve rapidement pris de visions cauchemardesques qu’il voit à travers les miroirs hantés du magasin. Il tente donc de percer le mystère avant qu’il ne perde l’esprit…et la vie.

Les trois ou quatre personnes qui lisent mes critiques savent à quel point je suis écoeuré de voir des films de fantômes qui se ressemblent tous. C’est avec cette mentalité que je suis allé voir Mirrors. Et c’est avec une envie irrépressible de me rouler dans le foin avec le réalisateur Alexandre Aja (Haute Tension, The Hills Have Eyes) que je suis sorti de la salle. En s'inspirant vaguement du long métrage coréen Into The Mirror, sorti en 2003, Aja a réussi à faire un film de fantômes original dans un monde rempli de copié/collé.

Mirrors n’est pas comme les autres films de son genre. Au lieu de faire un film où, pendant une heure et quart, il ne se passe rien et qui dépend entièrement de l’ambiance, Aja nous livre une œuvre qui commence fort dès le début et qui ne lâche pas. Contrairement à bien des films de revenants, Mirrors ne lésine pas sur l’hémoglobine. En seulement dix minutes, on à droit à un meurtre assez gore. Les fantômes de ce film-ci ne « niaisent pas avec la puck » comme on dit. Leur but n’est pas de faire peur, mais de tuer, de façon extrêmement brutale en plus. La pire étant la scène où le personnage d’Amy Smart prend son bain. Personne ne sera indifférent en la regardant.

De plus, le scénario d’Aja et Levasseur se démarque par son intelligence et son originalité. Comme pour la plupart des films de spectres, le long métrage contient une enquête policière afin de savoir qui sont les fantômes et ce qu’ils veulent. Jusque là, rien de bien original, sauf que la conclusion de cette enquête, qui mène directement a l’alléchant dénouement final, vous surprendra. Aja et Levasseur nous emmènent là où nous aurions jamais pensé aller, et plus loin encore. De plus, même si l’on ne doute jamais de l’existence des spectres, le scénario joue avec l’idée que Ben perd la tête, en raison du drame qu’il a vécu. On le regarde donc plonger dans sa démence avec délectation, surtout que cela engendrera certaines des scènes les plus intéressantes. Ainsi, au lieu de nous faire encore comprendre que les fantômes veulent se venger d’une mort affreuse et bla bla bla, Mirrors, de façon coquine, nous mène d’abord sur cette piste, avant de faire un 180 degrés et nous emmener ailleurs. Et notre chemin se termine sur les dix meilleures dernières minutes qu’un film nous a données depuis bien trop longtemps.

Mais évidemment, Mirrors contient son lot d’atmosphère délirante. La particularité de ce film est d’utiliser savamment les miroirs et toutes surfaces réfléchissantes. C’est alors que l’on se rend compte que l’on est véritablement envahie par ces objets. Cela donne droit a des magnifiques plans et d’astucieuses scènes intenses, comme par exemple, lorsque la femme de Ben doit retrouver son fils, alors qu’elle se promène dans sa maison…remplie d’eau…substance qui est réfléchissante!

Je n’étais pas certain au début qu’Aja réussirait le pari de faire un film de fantômes. Je ne voyais pas son talent au service de ce genre, et je suis content de m’être trompé. Ainsi, les spectres de Mirrors ont pu l’apprendre à leurs dépends ; Terroristes, fantômes, ex ...« Nobody fucks with Jack Bauer »!
9/10
Dominic Paulhus www.horreur-web.com

Par Mr Cinéma - Publié dans : Critiques films
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Mercredi 23 juillet 2008 3 23 /07 /2008 16:21

RÉALISATION: Franck Kahlfoun
SCÉNARIO: Franck Kahlfoun, Alexandre Aja et Gregory Levasseur
AVEC: Wes Bentley, Rachel Nichols, Paul Sun-Hyung Lee, Grace Lynn Kung et Simon Reynolds

Alexandre Aja et son complice Gregory Levasseur, ont écrit P2 ensemble. Parce qu’il trouvait que le film n’était pas de son style, Aja laissa les reines à Franck Kahlfoun, pour qui se fut une première réalisation. Ce dernier n’est connu que pour son rôle de Jimmy dans l’excellent Haute Tension.

La veille de Noël, Angela Bridges se retrouve obligée de travailler plus tard à un projet très important. Une fois terminé, elle se rend au stationnement sous-terrain pour y constater que sa voiture ne veut plus démarrer. C’est alors que le gardien de sécurité offre de l’aider. Cependant, ce dernier se trouve à être plus dérangé qu’il n’en a l’air !

Dans la même veine que Haute Tension et The Hills Have Eyes d’Aja, P2 est un film rempli d’action et d’intensité. La plus grande qualité que le long métrage possède est son réalisme. Le problème avec la plupart des slashers ou des films de survival, est que rien n’est probable. Le héros n’est presque jamais blessé ou alors le tueur est beaucoup trop puissant. Cependant, Aja et Levasseur ont préféré laisser place à la crédibilité. Par exemple, le tueur est loin d’être parfait, il commettra plusieurs erreurs et se fera blesser à plusieurs reprises. Aussi, le scénario est très original de par le lieu qu’Aja et Levasseur ont choisi pour placer leur film. On sait que les femmes ont toujours peur de se promener la nuit dans des stationnements souterrains mal éclairés et glauques. Enfin on utilise le potentiel physique et horrifique de ce genre d’endroit à son maximum. Jouer sur de vrai peur est toujours très intéressant.

Cependant, il n’y a pas que Aja et Levasseur qui respecte le réalisme, Franck Kahlfoun aussi ! Avec son rythme qui peu paraître lent, il démontre plutôt le réalisme de ce genre de situation. Essayer de survivre dans un stationnement souterrain de quatre étages n’est pas une partie de plaisir et cela peut prendre du temps à trouver une issue ou une solution. Ainsi, là où certain verront des longueurs, ce sera plutôt un rythme lent imposé qui s’y trouve. Comme j’ai mentionné plus haut, Aja avait refusé la réalisation de ce film car il n’était pas de son style à lui. Mais, à plusieurs reprises, Kahlfoun va emprunter le style et le même genre de tension dans lesquelles Aja excelle. Le jeu du chat et de souris que Kahlfoun nous sert est très réussi. La tension est constamment palpable, autant lorsqu’Angela se sauve que quand elle est dans les griffes du tueur. Par exemple, alors qu’Angela est enfermée dans le coffre de sa voiture et essaye d’en sortir, une patrouille de police ayant reçu un appel de détresse fait une ronde dans le stationnement. Durant toute la scène on sera sur le bout de notre siège pour voir si Angela réussira à s’échapper de son kidnappeur. De plus, Kahlfoun semble prendre un plaisir fou à faire attention aux petits détails. Par exemple, si l’héroïne appel la police sur un téléphone et qu’elle saigne, les touches 9 et 1 seront tachées de sang. Tout cela est montré de façon très subtil, mais ce sont des attentions plaisantes à remarquer.

Un aspect assez surprenant du film est la quantité de gore qu’il contient. Alors que normalement dans ce genre de film, tout passe par la réalisation serrée, Kahlfoun nous sert des trippes et du sang. D’ailleurs il y a une scène sanglante dans une auto qui nous fait rappeler la scène finale d’Haute Tension. Certains moments du film ne plairont pas à ceux qui détestent les émotions fortes.

Le seul bémol, assez gros, du film est sa finale. Durant tout le film, Kahlfoun nous impose une réalisation dure, réaliste et une bonne dose de gore. Cependant, il se la fait à l’eau de rose durant la dernière minute. Tout dans son film nous laissait présager une fin époustouflante et hors du commun, mais ce ne fut qu’une illusion. C’est un peu dommage car cela change tout le ton du film et semble démontrer que Kahlfoun voulait jouer prudent pour son premier film.

P2 laisse présager un avenir lumineux pour le monde de l’horreur. Démontrant qu’il est de la même souche qu’Alexandre Aja, Franck Kahlfoun risque de faire d’aussi bon film que son mentor. Qui sait, avec des jeunes talentueux tel que Alexandre Aja, Franck Kahlfoun, Eli Roth, Adam Green et j’en passe, on pourrait avoir droit à un « rat pack » de l’horreur d’ici quelques années !
8/10

Dominic Paulhus pour www.horreur-web.com

Par Mr Cinéma - Publié dans : Critiques films
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Mercredi 21 mai 2008 3 21 /05 /2008 16:12

RÉALISATION: Alexandre Aja
SCÉNARIO: Alexandre Aja et Grégory Levasseur
AVEC: Aaron Stanford, Kathleen Quinlan, Emilie De Ravin, Dan Byrd et Robert Joy

Le succès de Haute Tension étant à peine digéré, Alexandre Aja et Grégory Levasseur se sont vus confier les commandes d'un gros film hollywoodien. C'est nul autre que Wes Craven qui les voulait en place pour l'adaptation de son film culte sorti en 1977. La pression était donc grande pour le duo de cinéastes français.

Pour leur 25ième anniversaire de mariage, Bob et Ethel Carter partent en vacances avec leur famille. Ils décident de se rendre en Californie avec leur caravane, en passant par les routes du Nouveau-Mexique. Bob décide de prendre un raccourci, mais la décision s'avère catastrophique puisque la famille est victime d'un accident. Au milieu du désert, ils doivent alors attendre des secours qui ne viennent pas. Les seuls qui se présentent sont les membres d'un clan de cannibales-mutants affamés. Vous pouvez être sûrs qu'ils ont des intentions plus macabres que de les aider à changer le pneu crevé...

The Hills Have Eyes est un excellent film d'horreur... pour ceux qui n'ont jamais vu l'original. Malgré une présentation plus sanglante, violente et visuelement plus lèchée, la trame narrative reste la même. Tous les revirements sont identiques. Les personnages meurent dans le même ordre, dans les mêmes conditions et de la même façon que le film de 1977. Même les deux chiens du film, Beauty et Beast, ont le même destin! La finale est aussi identique et manque un peu de mordant. Je comprends que ce film est un remake, mais, pour tous ceux qui ont vu le film de Craven, la version d'Aja n'apporte aucune surprise, ce qui est frustrant à la longue.

Le film de Craven n'était pas parfait et cette nouvelle version vient corriger plusieurs lacunes. Le film contient plus de gore et les membres de la famille Carter sont plus développés. Les cannibales-mutants sont beaucoup plus laids cette fois-ci. Par contre, ils ont perdu toute personnalité que leur avait donnée Craven. On dirait qu'Aja et son complice ont eu peur d'apporter le moindre changement au scénario original. Au lieu d'améliorer le film, ils ne font que du "sur place". Tout en restant fidèle au scénario original, il aurait été intéressant que les deux cinéastes changent les victimes et altèrent leur façon de mourir, question d'offrir quelques sensations fortes aux vrais amateurs du film de 1977. Tout comme le film de Craven, cette nouvelle mouture souffre par moment d'un rythme lent.

Par contre, si vous n'avez jamais vu le film original, courez voir ce remake! Sans pour autant égaler le génie d'Haute Tension, Aja livre un film dur, violent et intense qui saura plaire aux amateurs de films d'horreur des années 70. Pour un deuxième film d'horreur, Aja et Levasseur montrent qu'ils ont beaucoup de talent. Les rares moments originaux du film m'ont tenu sur le bout de mon siège! Dommage qu'il n'y en ait pas assez. Je me suis même surpris à espérer n'avoir jamais vu l'original pour apprécier un peu plus cette nouvelle version.

En raison de son manque d'originalité, mes sentiments sont mitigés sur The Hills Have Eyes version 2006. Que vous préfériez cette version ou l'ancienne dépendra de l'ordre dans lequel vous aurez visionné les deux films. Ayant vu l'original en premier, ce dernier demeure à mes yeux la meilleure version. Néanmoins, Aja et Levasseur livrent un film fort efficace qui n'a rien à envier à son prédécesseur.
9/10

Mr horreur-web pour www.horreur-web.com

Par Mr Cinéma - Publié dans : Critiques films
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /2008 16:18

RÉALISATION: Alexandre Aja
SCÉNARIO:Alexandre Aja et Gregory Levasseur
AVEC: Cécile De France, Maïwenn Le Besco, Philippe Nahon, Andrei Finti et Oana Pellea

Deux étudiantes, Marie et Alex, décident d'aller passer le week-end chez les parents d'Alex. Située en campagne, la maison familiale est l'endroit parfait pour étudier en paix. La première nuit, un tueur fait irruption dans la maison tuant tous les membres de la famille et kidnappant Alex. Le tout sous les yeux de Marie, dont le tueur ignore la présence. Déterminée à sauver sa meilleure amie, Marie part à la poursuite du tueur sanguinaire.

Avant de visionner Haute Tension, le seul film d'horreur français que j'avais vu était le terrible Promenons-Nous Dans Les Bois. Mon opinion sur les films d'horreur français était donc très faible. Haute Tension a eu l'effet d'une claque en pleine gueule. Le film est excellent et ferait rougir de honte plusieurs grosses productions américaines. Tout comme Wrong Turn et Cabin Fever, le film d'Alexandre Aja est un retour au style de films d'horreur des années 70, c'est-à-dire assez cru et malsain. La violence est très graphique et les meurtres, originaux. Le visuel du film n'est pas très soigné, ce qui accentue la notion "sale" du film. Comme le titre l'indique, la tension est élevée et ce, pour la majeure partie du film. À partir du moment où le tueur fait son apparition, jusqu'au générique de la fin, il n'y a aucun temps mort.

Les deux actrices principales, Cécile De France et Maïwenn Le Besco sont très convaincantes, mais c'est surtout Philippe Nahon dans le rôle du tueur qui m'a impressionné. Contrairement au Jason, Michael ou Leatherface, il ne porte pas de masque, mais réussit à effrayer autant avec son visage sans expression. La musique, composée par François Eudes, est sublime. Sa musique propose majoritairement des son et des ambiances. Aussi, l'utilisation de la chanson New Born de Muse comme thème principal, tient du génie.

Jusque-là, tout est beau. Puis, à 10 minutes de la fin, vient le revirement inattendu. Ce twist en a laissé plusieurs perplexes. Certains affirment même que ce revirement gâche le film. À première écoute, je dois avouer que j’étais un peu confus, mais Haute Tension est le genre de film qu'il faut écouter plus d'une fois pour vraiment l'apprécier à sa juste valeur. Je dois féliciter Alexandre Aja qui, avec sa fin, nous force à nous creuser les méninges, plutôt que de nous expliquer tout. J'apprécie maintenant la fin, même si elle peut sembler un peu contradictoire. Aja repousse les limites du bon goût et les cinq dernières minutes sont très dérangeantes, voir même choquantes.

Haute Tension a le mérite de ne pas faire dans la dentelle, une chose très rare de nos jours. Haute Tension est un film qui m'a trotté dans la tête longtemps après l'avoir vu et qui s'avère meilleur à chaque écoute. Un nouveau classique de l'horreur est né. Un excellent croisement entre Halloween et The Texas Chainsaw Massacre.
10/10
www.horreur-web.com

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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /2008 15:55
Réalisateur : Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja - Gregory Levasseur d'après Julio Cortazar
Avec : Stanislas Merhar, Marion Cotillard, Wadeck Stanczak, Pierre Vaneck, Carlo Brandt, Laura Del Sol, Etienne Chicot
Synopsis : Dans un futur proche mais indéterminé, une ville a été ravagée par la guerre. Dans cette région imaginaire où le pouvoir est aux mains d’un régime dictatorial, la liberté d'expression est inexistante et sanctionnée par la torture voire la mort. Ainsi, l’armée et la police sillonnent les rues nuit et jour afin de traquer tout citoyen armé de velléités artistiques. Théo, un rebelle de vingt ans sort toutes les nuits dessiner en cachette sur les murs des ruelles désertes pour exprimer ses sentiments. Un soir, il rencontre Elia, une jeune fille qui, elle aussi, a la passion du dessin rupestre et nocturne. Ensemble, ils vont devoir affronter ce pouvoir despotique oppressant. Arriveront-ils à vivre leur amour librement ?

Alexandre Aja, que l’on ne présente plus, nous dévoile déjà avec cette première œuvre, un style assuré, livrant un paysage apocalyptique clairsemé avec un talent artistique approprié et indéniable. La photographie et les décors font penser à ceux de "Mad Max" mêlés à ceux de "Peut-être" de Klapisch, et c’est là que le bât blesse, car de la dernière œuvre citée, le film d’Aja emprunte les principaux défauts, à savoir : une très faible exploitation du monde futur, excepté pour le décorum et surtout, plus gênant, la platitude du scénario.

En effet, ici le monde futuriste porté à l’écran est inexploité, dans le sens où aucune référence aux tenants et aboutissants de l’état actuel des choses dans cette contrée indéterminée, n’est faite à un moment donné du film. Qui est à la tête de l’Etat ? Comment le conflit dont il est fait mention est-il survenu ? Ces questions sont laissées en suspens et cela n’aurait pas été dérangeant dans un film de la qualité de "1984" mais dans "Furia", cet oubli est dommageable car il fallait au moins cet apport de détails pour combler la faiblesse du script.

Si je résume brièvement, le film raconte l’histoire d’une société reconstruite après la guerre où le gouvernement interdit toute manifestation de liberté et traquant, par le biais d’une milice armée et menaçante, toutes les volontés artistiques de ses citoyens. Un simple graffiti est donc un grave délit qui peut conduire à la mort. Mais voilà, le jeune Théo, un rebelle, brave cet interdit toutes les nuits après le couvre-feu, afin d’exposer son art devenu subversif sur les murs de la ville, nettoyés régulièrement par les miliciens à la solde de l’Etat totalitaire. Par dessins interposés représentant leur propre visage, Théo et Elia, taggers nocturnes, se rencontrent et vont tomber amoureux l’un de l’autre. Donc en gros, c’est l’histoire d’une société où les racailles qui dessinent sur les murs (tu parles de délinquants !) sont torturés et tués, le tout saupoudré de romance ? Waouh, c’est très impressionnant ! Bon j’exagère un peu car j’oublie que dans la majorité de ce genre de film, le "happy end" n’est pas forcément au rendez-vous. Tout n’est donc pas obligatoirement rose. En tout cas sur la pellicule, ça fait un peu sourire et on a du mal à y croire. Pourtant, "Furia" est adapté de la nouvelle "Graffiti" de Julio Cortazar (un réfugié argentin qui est venu à Paris, à l’époque où 30 000 citoyens rebelles avaient disparus), auteur également de la nouvelle inspirant "Blow up" de Michelangelo Antonioni. Un monsieur qui a fait donc ses preuves. Mais bon, ici, ce n’est qu’une adaptation et l’écrit est rarement égalé à l’écran, on sait bien que très peu de films dont le script est tiré d’un roman ont été des réussites, à part peut-être "Le nom de la rose" et "Shining". Certes, le discours du métrage est très noble puisqu’il se veut être une sorte de brûlot relatif à la liberté d’opinion et un message à caractère pamphlétaire contre le pouvoir politique en place qui essaie par tous moyens d’empêcher ses concitoyens de trop s’exprimer. On est donc là très proche des idées d’Orwell ("1984") mais aussi du cinéma controversé donnant à réfléchir d’un Costa-Gavras ("L’aveu", "Z", pour ne citer que les plus connus), mais bon tout cela a déjà été fait et vu maintes fois et en mieux, alors que peut nous apporter "Furia" ?

On a déjà parlé plus haut du talent d’Aja pour diriger un film et également de la très belle photographie, largement soutenue par la qualité des décors. Sachez que "Furia" a été tourné à El Jadida, un petit village au sud de Casablanca, au Maroc. Ce décor naturel apporte un côté très réaliste au film : fortes chaleurs, bâtisses délabrées, on sent que ça transpire et ce côté authentique est très intéressant tout en n’ayant, finalement, pas coûté grand-chose. Aja nous prouve donc qu’on n’a pas besoin de décors hallucinants et de budgets pharaoniques pour montrer qu’on sait tenir une caméra et restituer à l’écran, une certaine ambiance.

Côté acteurs, ceux-ci sont corrects, sans non plus crever l’écran : Stanislas Merhar qui interprète Théo, rebelle la nuit puis jeune homme suivant les traces de son père le jour en tant que restaurateur et Marion Cotillard, égale à elle-même, forment un joli petit couple. Pierre Vaneck, qui joue Aaron, le père qui ne voit plus qu’en monochrome parce qu’il a dessiné sur les murs étant plus jeune (c’est sa sanction pour avoir voulu aller contre la volonté de l’Etat) n’est pas trop mal en homme désabusé qui semble avoir perdu tout sentiment de révolte contre le système et enfin, Wadeck Stanczak (Laurence, le frère de Théo travaillant pour le gouvernement, sans que l’on connaisse la nature exacte de son emploi), que l’on n’avait pas revu depuis longtemps nous livre là une assez bonne prestation dans le rôle du frère torturé assumant sa fonction jusqu’au bout. Toutefois, il y a quand même un truc énervant, c’est la lenteur et ce même chez les acteurs, qui sont assez bons, certes, mais qui jouent comme dans un long métrage d’Eric Rohmer, c’est à dire avec beaucoup d’hésitation. Tout cela saborde le rythme qui en devient sinusoïdal, autrement dit haché. Ajoutons à cela la présence d’interminables longueurs et de ralentis intempestifs hautement dispensables mais fortement perturbateurs et le premier opus d’Aja s’en trouve largement mutilé. La musique, quant à elle, est de bonne facture et s’accorde bien au rythme du métrage et à son ambiance tantôt glauque, tantôt fataliste. Il faut dire aussi que c’est Brian May qui s’y colle et que le gars est une pointure en la matière puisque figurez-vous que le guitariste de Queen a composé les bandes-originales de "Flesh Gordon" et "Highlander" et écrit quelques musiques additionnelles sur les scores de "Wayne's World" et "Peter's friends". Ce n’est donc pas le premier venu !

Combinant romance, anticipation et parabole politique dans sa première œuvre, Aja, nous a assurément détaillé un monde coloré avec de bien belles images. Mais l’histoire est quand même assez superficielle car pas très originale ni très élaborée. Toutefois, c’est surtout la lenteur du film et le manque de scènes d’action intenses qui viennent tout gâcher. On aurait également souhaité plus de références quant à la guerre et au gouvernement contre lequel les rebelles luttent. Le conflit entre les deux frères qui n’auraient pas pu être plus différents (le rebelle contre le milicien) aurait aussi mérité d’être creusé plus en profondeur au lieu de laisser une place trop importante aux autres protagonistes du film et à la relation amoureuse entre Théo et Elia. "Furia" est donc un film frustrant en ce sens où il donne l’impression qu’il aurait pu être plus approfondi. Heureusement, le fils d’Alexandre Arcady à la ville, allait largement se rattraper par la suite avec un excellent "Haute Tension" et un très bon remake de "La Colline à des yeux". Ainsi, le premier Aja mérite un tant soit peu d’être vu car on sent que malgré des maladresses de débutant, il a du potentiel, ce que viendront confirmer ses petits frères.
6/10

Vincent Dumenil 

www.horreur.com 





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